Centenaire de la naissance de Mehdi Ben Barka Mehdi Ben Barka et la mise en mouvement(s) pour un autre monde, solidaire !

Publié le : , par  Sarah

Exposition, publication, projection, conférence,
Dans le cadre du Festival des Solidarités
En partenariat avec la Maison des Citoyens du Monde et Cosmopolis, Nantes

Article de Solange Barberousse, Ligue des Droits de l’Homme

Comme il peut sembler insolite de manifester l’anniversaire de naissance d’un homme politique – Mehdi Ben Barka – disparu depuis cinquante-cinq ans !

Il y a pourtant deux raisons majeures de rétablir la pertinence, la présence de Mehdi Ben Barka, au monde, aujourd’hui :

- « l’Affaire Ben Barka » aujourd’hui encore, ne masque-t-elle pas, ne repousse-t-elle pas au second plan, la pensée, les actions, les engagements de Mehdi Ben Barka ? L’ampleur du scandale de « l’Affaire Ben Barka » (l’enlèvement à Paris, commis par des éléments de la police française et la « livraison » de cet homme politique et opposant marocain à des « services spéciaux » marocains) reste marquante et du coup, dominante, écrasante. Inévitablement !

- la double actualité de la pensée et des combats de M. Ben Barka n’est-elle pas manifeste, aujourd’hui, sur plusieurs continents ?

Dans le contexte actif des luttes des décolonisations des années 1950-1960, Mehdi Ben Barka, le leader marocain, s’engage fermement pour l’indépendance nationale du Maroc, alors sous « protectorat » français.

À côté de l’indépendance nationale, il affirme également la nécessité d’œuvrer à une radicale révolution sociale : « l’indépendance du Maroc ne peut devenir pleine et entière qu’après la libération économique, sociale et politique des femmes et des hommes du pays à travers une véritable répartition des richesses ».

Parce que le peuple marocain revendique ultra-majoritairement le retour du roi, du pouvoir royal, le leader politique met son charisme au service de la création d’une monarchie constitutionnelle marocaine (« constitutionnelle », cette monarchie ne l’est toujours pas).

Il développe une pensée d’émancipations populaires. Cet esprit brillant n’entend pas en rester à la libération nationale, même radicalement sociale.

Par ailleurs, au plan international, il n’est pas question de faire allégeance et donc de devenir captif de l’un des deux grands camps mondiaux. Il pratique avec constance une politique de non alignement.

Enfin, son internationalisme tiers-mondiste solidaire est incontournable dans sa pensée comme dans ses actions. Après la Conférence de Bandung, en Indonésie (avril 1955) qui avait réuni 29 pays d’Afrique et d’Asie, le projet, la préparation par Mehdi Ben Barka de la conférence La Tricontinentale tout à la fois s’incarne et s’impose mais signera probablement son arrêt de mort (enlèvement le 29 octobre 1965), dans le dangereux contexte géo-politique marqué par le coup d’Etat en Algérie par le colonel Houari Boumédienne contre le Président Ahmed Ben Bella, le massacre des communistes en Indonésie et l’escalade militaire des USA au Vietnam ainsi que leur débarquement à Saint Domingue.

Toutefois, La Tricontinentale aura lieu (comme prévu, en janvier 1966) à La Havane.

De même que Mehdi Ben Barka avait su anticiper quelque peu, après les indépendances nationales obtenues, les risques de néo-colonialisme par les grandes et même moyennes puissances, il était lucide quant aux risques de dominations, d’exploitations des peuples par les dirigeants locaux, par les oligarchies nationales.

L’enlèvement de Mehdi Ben Barka, qui se laissera emmener, apparemment sans crainte, en voiture, par des éléments de la police française, sera taxé par le Général de Gaulle d’intervention « vulgaire et subalterne » ! (février 1966). Qu’on se le dise : non, il s’agit de rien moins que d’une affaire d’États !

Le complot qui a abouti à la mort de Mehdi Ben Barka constitue un assassinat politique, un crime d’États. De surcroît, la raison d’États empêche toujours la révélation de la vérité et la connaissance par la famille du lieu de la sépulture du mari, du père, du leader assassiné.

Mehdi Ben Barka vu par Pierre Boulat

Aujourd’hui, nous le savons, sur tous les continents, des peuples sont dans la rue qui précisément dénoncent ce que Mehdi Ben Barka dénonçait : la confiscation des indépendances nationales, ainsi que les spoliations des bénéfices économiques résultant des indépendances nationales pour les peuples concernés. Les spoliations économiques nationales sont organisées de telle sorte que l’on peut parler aujourd’hui de régimes politiques qui sont des « kleptocraties », qu’il s’agisse de pays d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine. Ces oligarchies nationales corrompues et prédatrices sont plus ou moins alliées à des pouvoirs économiques transnationaux.

Ces peuples revendiquent largement ce qui, pour Ben Barka, faisait partie des « émancipations » politiques, sociales, économiques, de même que les propositions de « modernisations » des sociétés maintenues sous le joug féodal, et/ou patriarcal.

Des perspectives d’émancipation(s) telles qu’autrefois vues, analysées, éclairées et revendiquées par Mehdi Ben Barka, ne sont-elles pas celles auxquelles les peuples et les personnes doivent en effet avoir droit, aujourd’hui comme hier, en toute légitimité ? Mehdi Ben Barka a tenté de les penser mais pas seulement.

Il a tenté de proposer, d’induire des actions de solidarités internationales actives, certes d’abord tiers-mondistes, en tous cas, internationales et transnationales favorisant les émulations, démultipliant ainsi leurs forces, favorisant leurs continuités, leurs constances. Ces rassemblements, ces manifestations internationales devraient trouver leurs prolongements, leurs renforcements à la fois politiques, sociaux et émancipateurs.

Des solidarités internationales sont aidées, portées, même, par des organisations internationales, des associations. Pensons, par exemple, à des dénonciations d’exactions politiques, relayées dans plusieurs pays ; pensons à un syndicalisme international source d’informations sur des stratégies économiques et financières d’entreprises ; ou pensons encore aux mouvements féministes, au développement, à l’évolution de leur pensée et à leurs solidarités internationales ; pensons également aux accueils et protections de réfugiés politiques…

Dans le cadre du Festival des solidarités – Festisol -, l’Institut Mehdi Ben Barka – Mémoire vivante et la Ligue des Droits de l’Homme ont proposé à la Maison des Citoyens du Monde, l’organisation :

- de l’exposition Mehdi Ben Barka vu par Pierre Boulat avec les photographies du reporter Pierre Boulat, qui a « vécu avec » Mehdi Ben Barka pendant un mois en 1959. (Exposition présentée avec le soutien de la Fondation Pierre et Alexandra Boulat, qui accorde les droits). Du 3 au 14 novembre 2020, à l’espace Cosmopolis.

- de la publication du livret Mehdi Ben Barka, Un autre monde solidaire ! comportant les reproductions des photographies de l’exposition accompagnées de 4 articles d’analyse.

- de la projection du film de Serge Le Péron J’ai vu tuer Ben Barka (suivie d’échanges-débats en présence du réalisateur) au cinéma le Katorza le 9 novembre à 18h45.

- d’une conférence de Saïd Bouamama sur la Tricontinentale, le 5 novembre à 19h, à l’espace Cosmopolis.

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