Islam politique et radicalisation

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Sans être un compte-rendu, cet article s’inspire de ma participation à l’Atelier « révolutions arabes, mondialisation, et extrémisme violent » organisé le mercredi 25 mars par l’association tunisienne « T2 rives » au Forum Social Mondial de Tunis avec la contribution de François Burgat, politologue spécialiste du moyen orient et Mohamed Jaballah, islamologue.

Se représenter l’islam politique

La globalisation économique ultra-libérale s’élargit progressivement à tous les pays. Le monde arabe n’y échappe pas en raison de la domination économique occidentale, mais à cette domination s’ajoute l’humiliation née de la situation palestinienne, toujours pas réglée près de 50 ans après la guerre des six jours remportée par Israël en 1967.
Selon François Burgat, ces deux éléments forment pour l’essentiel la matrice politique structurelle dont dépend la radicalisation islamiste. Cette conception a été aussi l’un des leviers des révolutions arabes si l’on considère que les jeunes en particulier (Tunisie comme Egypte) se sont élevés contre des dictatures perçues comme des complices de la domination occidentale et par trop passives dans le soutien à la Palestine. Il faut bien sûr ajouter à cela les méfaits d’une corruption généralisée contrecarrant les possibilités internes de développement économique et de justice sociale.
Aujourd’hui, pour de nombreux esprits occidentaux le lexique religieux et sanguinaire de Daech a tendance à tout envahir. De là, la nécessité de se représenter l’islam politique autrement que comme des fondamentalistes et intégristes assoiffés de sang. En fait, l’Islam politique est une création déjà ancienne qui a pris le relais du nationalisme arabe et du panarabisme avorté pour tenter la restauration de l’hégémonie musulmane dans des pays malmenés par la colonisation et le capitalisme.
En Syrie, les révoltes populaires contre Bachar el Assad ont pris la suite des révolutions tunisiennes puis égyptiennes mais elles se sont heurtées à un régime décidé à utiliser tous les moyens pour rester en place. Le soutien occidental aux syriens modérés décidés à éliminer leur dictateur n’a pas eu lieu et le rôle massif de l’Iran a permis au régime de survivre. Si l’on compare avec le soutien reçu par Solidarnosc, en particulier de la société française, lors de la révolte polonaise contre le régime communiste, on doit constater comme le fait remarquer Mohamed Jaballah qu’il y a deux poids-deux mesures et que toutes les révolutions ne se valent pas. Sur ce point, il ne faut pas sous-estimer le rôle des Etats-Unis craignant de devoir partager la manne pétrolière en cas de contagion démocratique dans les pays du golfe.
De son côté la gauche occidentale n’a pas fait le travail intellectuel nécessaire pour dépasser la fracture culturelle vis-à-vis des musulmans et s’est très peu associée à la défense d’un idéal de justice sociale pourtant bien présent dans les pays arabes.
Aujourd’hui, les états occidentaux laissent de côté la cause (maintien du régime syrien) et s’attaquent à la conséquence de leur inaction première en bombardant Daech. Dans une guerre prenant de plus en plus l’allure d’un combat fratricide entre sunnites et chiites Daech tente de déstabiliser tous les régimes de la région en s’attaquant y compris aux sunnites modérés. La poussée de ce radicalisme est permise par le refus de Bachar el Assad d’envisager tout compromis avec son opposition politique mais aussi par l’échec des institutions politiques en Irak. L’Iran placé en embuscade attend d’être le négociateur de la paix alors qu’il est lui-même fauteur de guerre de par son soutien indéfectible au régime syrien.

La Radicalisation ici et là-bas

Dans ce contexte de plus en plus difficile à appréhender, Daech reprend la stratégie internationale d’Al Qaïda en s’attaquant à l’intérieur de l’occident. Il estime que ses actions dites « terroristes » sont une réponse légitime aux combats menés contre lui par une partie de la communauté internationale. Le corpus religieux lui sert de justification tout comme pour Al Qaïda au nom duquel se sont faits certains attentats en France. Les tueries à Charlie-hebdo comme dans l’hyper-casher ne doivent pas être perçues dans leur seule dimension hexagonale car le lexique islamiste est utilisé de la même manière pour justifier non seulement le massacre des mécréants mais aussi celui des musulmans refusant la domination fondamentaliste.
Le recrutement djihadiste s’appuie pour l’essentiel sur le partage entre bons et mauvais musulmans que ce soit en Europe ou dans les pays du Maghreb et du Machrek. Les bons sont ceux qui prennent fait et cause pour leurs frères assassinés par l’armée syrienne ou les armées occidentales, d’où l’appel incessant à venir les secourir par tous les moyens, qu’ils soient d’ordre humanitaire ou militaire. Le recours à internet comme source première d’information et de mobilisation permet toutes les manipulations. Et ce n’est pas seulement l’attrait hypothétique d’être au paradis entouré de vierges consentantes qui favorise l’engagement de jeunes hommes mais aussi une forme d’héroïsation légitimée par la religion qui touche aussi bien des individus appartenant aux couches populaires qu’aux classes moyennes. Face à cet héroïsme illusoire il faut pouvoir trouver des formes approfondies de dialogue avec ces jeunes garçons et filles persuadés de défendre une cause juste, qu’ils connaissent ou non des difficultés sociales.

Bernard Vrignon
Assemblée Européenne de Citoyens / Maison des Citoyens du Monde-Nantes)

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