Et si être « Libres ! » était une question de choix ? Film "Libres" de Jean-Paul Jaud sur le nucléaire

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« Libres ! » Un beau titre de film qui a été libre de toutes pressions grâce à son financement largement participatif (crowfunding). Ce n’était pas simplement un choix, mais une obligation devant le retrait de certains partenaires financiers devant le sujet de fond, l’énergie nucléaire… Le réalisateur Jean-Paul Jaud a presenté son quatrième documentaire mercredi 27 mai au cinéma associatif de Bonne Garde. La salle était à demie complète pour assister à la projection et au débat qui suivait, en collaboration avec deux membres sociétaires d’Enercoop.


Jean-Paul Jaud est synonyme de conscientisation des dangers que notre système actuel fait peser sur notre planète et avant tout sur les générations futures. Dans son premier long métrage, « Nos enfants nous accuseront », il se penchait sur nos assiettes, sur la pollution industrielle et sur les dangers de la pollution agro chimique. Avec « Severn, la voix de nos enfants », il donnait la parole à cette jeune fille de douze ans, Severn Suzuki, qui avait pris la parole au sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992. Cette adolescente lançait alors un cri d’alerte aux adultes qui participaient à la destruction de l’environnement. Devenue adulte et enceinte, Jean-Paul Jaud lui demandait de faire un bilan une quinze d’années après son intervention. Le regard de Severn sur ces dernières années était ponctué de la présentation d’initiatives positives réalisées aux quatre coins de la planète. En 2012, Jean-Paul Jaud sortait « Tous cobayes », un plaidoyer contre la dangerosité mondiale du nucléaire après la catastrophe de Fukushima. Dans cette dernière œuvre, « Libres ! » le réalisateur reprend ses thèmes de prédilection : les enfants, le nucléaire et la défense de l’environnement. Il ajoute à cela une présence plus importante de la musique : « La musique dit ce que les mots ne peuvent plus dire », dit-il.

Un regard d’enfants sur notre monde

« Libres » présente des enfants de France, du Danemark et du Japon. Chacun sa vie, ici légère, là-bas désespérée, mais tous rassemblés sous une menace certaine, celle de catastrophes nucléaires qui, où que l’on soit, peuvent toucher le monde entier. Alors que les enfants de l’île de Samso au Danemark vivent dans l’insouciance sur un territoire dont l’électricité est produite à 100 % par des énergies renouvelables, les petits Français en stage « Musique et Nature » découvrent à la fois un univers merveilleux et fragile alors qu’au loin, à quelques encablures de leur gite, se dresse la centrale nucléaire du Blayais. Et enfin, le Japon, où les quelques rares enfants filmés vivent dans un milieu radioactif avec des chances de vie réduite et un environnement sinistré jusqu’à leur mort et au-delà même. Le film est poignant, le bilan consternant et, comme dans chaque documentaire de Jean-Paul Jaud, une question se pose : « Pourquoi l’homme va-t-il vers son autodestruction ? Comment peut-il hypothéquer son avenir et celui de ses propres enfants ? ».

Quelles alternatives ?

La projection du film documentaire s’est poursuivi par un débat entre la salle, le réalisateur et deux sociétaires d’Enercoop. Dénoncer ce qui ne va pas est une chose, mais apporter des solutions en est une autre. La discussion a chevauché sur deux vagues. La première portait sur l’importance de la désinformation en France, nécessaire de combattre tous les jours.
Depuis la catastrophe de Fukushima, le Japon est totalement sorti du nucléaire, chose que l’on ne nous dit pas en France. Comment cela est-il possible quand chez nous, on nous dit que sans nucléaire, point de salut ? La part de celui-ci dans les énergies du Japon était de 27 % auparavant. Les premiers temps, les Japonais ont importé notamment des énergies fossiles pour une période d’adaptation, puis ils ont appliqué le plus sage des préceptes : « L’énergie la plus propre est celle que l’on ne consomme pas ». Des campagnes d’informations ont été menées pour que chaque citoyen diminue ses dépenses d’énergie et que les espaces publics réduisent leur consommation, comme les lumières intempestives dans la nuit, entre autres mesures...
La seconde vague du débat était sur notre action possible ici en France. Réduire notre consommation ne suffira pas à arrêter les centrales nucléaires car, contrairement au Japon, notre pays dépend à 80 % du nucléaire. Jean-Paul Jaud a rappelé l’urgence de développer le secteur des énergies renouvelables et présenté Enercoop, fournisseur éthique d’électricité écologique. « Nous avons le pouvoir de changer les choses. Choisir un fournisseur qui promeut les énergies renouvelables fait partie des possibilités ». Le coût, pour l’instant un peu plus élevé que celui d’EDRF, est en baisse régulière depuis que la coopérative a été ouverte aux marchés des particuliers en 2007. Au–delà de ce prix supérieur, les sociétaires ont pointé le fait que venir à Enercoop était aussi une réflexion de chaque adhérent sur sa propre consommation d’énergie avant tout et que, lorsque l’on pouvait faire des aménagements dans son logement, il était possible de baisser considérablement sa facture. Changer notre système implique un changement de paradigme sur de nombreux pans de notre vie. Chaque citoyen a le pouvoir de changer les choses s’il le souhaite. Chaque citoyen est libre de poser sa pierre à l’édifice s’il le veut.

Article écrit par Anne Groisard.

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