La santé, quel(s) accès et à quel(s) prix ? Retour sur la conférence

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Cet article a été écrit par des ReporteR MCM.
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Jeudi 16 avril 2015, nous étions une trentaine de personnes réunies dans la salle de la manufacture à Nantes pour assister à cette conférence.
Plusieurs associations étaient présentes pour l’animer : OXFAM, ESSENTIEL, MEDECIN DU MONDE et MUGEF-CI.

  • OXFAM, l’un des organisateurs de cette conférence, est une association appartenant à un réseau de solidarité internationale. Leur objectif est de trouver des solutions durables à la pauvreté, aux injustices et aux inégalités. OXFAM mène plus de 25 campagnes en France pour interpeller les citoyens et faire pression sur les décideurs politiques.
  • ESSENTIELest une association composée d’ Harmonie Mutuelle, de la ville de Nantes, du CHU de Nantes et d’adhérents. Elle a pour objectif de soutenir les projets santé au bénéfice des populations, en particulier les plus vulnérables, notamment en Guinée-Conakry.
  • MÉDECIN DU MONDE est une association qui a pour but de soigner les populations les plus vulnérables, de témoigner des entraves constatées quant à l’accès aux soins, d’obtenir des améliorations durables des politiques de santé et des pratiques médicales afin d’obtenir un égal accès aux soins pour tous. Elle agit partout dans le monde et en France, notamment auprès des prostituées, des Roms, des SDF…
  • MUGEF-CI est la mutuelle générale des fonctionnaires en Côte d’Ivoire. Elle permet à l’ensemble des fonctionnaires du pays d’avoir accès aux soins et à des prestations médicales prises en charge.

4 intervenant-es ont pu nous exposer leurs points de vues sur le droit à la santé et son accès, en s’appuyant sur les situations de certains pays d’Afrique subsaharienne et de la France.

Le droit à la santé, qu’est ce que c’est ?

Le droit à la santé est clairement défini par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en 1946 : "la santé est un état de complet bien-être physique, mental et social et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité". Le droit à la santé est cité dans la déclaration universelle des droits de l’Homme et celle de l’enfant, ainsi que dans de nombreuses constitutions, notamment celle de la France. Pour autant cette définition reste un idéal et n’est pas atteinte.
Dans le monde, le droit à la santé et son accès est complètement inégal. Chaque année, 160 millions de personnes tombent dans la pauvreté à cause des frais de santé. L’inégalité est très présente autour de la mortalité maternelle, la mortalité infantile. Il y a une grand disparité entre les familles rurales et les familles urbaines, l’inégalité est présente suivant le sexe et la catégorie socio-professionnelle de la personne.

La situation au sein des pays africains

Dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne, il y a très peu de dépenses de santé faites par l’état. Ce sont donc les personnes elles-mêmes qui contribuent aux dépenses de soins. Ceci entraîne de fait une pauvreté et/ou un renoncement aux soins.
OXFAM nous a présenté l’exemple du Sénégal. 20 % des habitants bénéficient d’une couverture maladie. Les médecins ne sont pas assez pour répondre aux besoins. Le Sénégal s’est engagé à proposer la CSU (couverture santé universelle) au plus grand nombre. Le but est d’étendre cette couverture à 75 % de la population pour 2017.
MUGEF-CI propose une mutuelle pour l’ensemble des fonctionnaires. Les fonctionnaires sont ciblés car cela est plus facile pour les cotisations considérant le salaire régulier. La MUGEF-CI cible la gratuité pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans. Pour autant, le reste de la population n’a pas forcément de couverture santé.
ESSENTIEL nous a présenté l’état du système sanitaire en Guinée-Conakry. Ce système est défaillant : il y a un manque de médecins et de formations, des carences d’infrastructures, des carences dans l’organisation et une défiance de la population envers le milieu médical. Les personnes pensent qu’aller à l’hôpital c’est comme aller dans un mouroir. ESSENTIEL accompagne à la mise en place de mutuelles de santé communautaires, notamment avec une meilleure représentation des femmes, des services adaptés, de la qualité dans les soins. L’association lance également un plaidoyer pour la création de la CSU en Guinée-Conakry. L’objectif est également de permettre à la population locale de retrouver confiance dans les systèmes de santé.

Ce qui résulte de ces présentations est que l’accès à la santé pour toutes et tous n’est pas réel dans ces pays. Le désengagement de l’état y contribue fortement.

La situation française

En ce qui concerne la France, le droit à la santé est appliqué mais pour autant tout le monde n’y a pas accès. 85 % de la population est satisfaite de la qualité des soins, 33% se plaint de l’accessibilité géographique et financière.
En 2015, 25 % de personnes ont déclaré avoir renoncé à des soins contre 16% en 2010. 3,3 millions de personnes vivent sans complémentaires santé.

  • Qui sont ces personnes ? Des bénéficiaires de la CMU (caisse maladie universelle), des personnes ayant des bas revenus, des femmes seules avec enfant, des SDF…
  • Pourquoi ces personnes ont renoncé aux soins ? l’offre est inégale sur le territoire, l’organisation est cloisonnée (d’un côté le médical, de l’autre le social alors que souvent les deux sont liés), les différences entre les complémentaires créent de l’inégalité et il y a des pratiques médicales qui entrainent davantage les bénéfices au détriment de la santé publique.

Certains médecins refusent les patients étant à la CMU et certains spécialistes appliquent un dépassement d’honoraires pour ces patients, alors que ceci est interdit.
MEDECINS DU MONDE accueille au sein de ses CASO (centres d’accueil de soins et d’orientation) en France les personnes en marge des soins. 95% des personnes accueillies sont étrangères, 89% n’ont pas de couverture sociale mais cependant 3/4 pourraient en bénéficier.
Les personnes sont dans une immense précarité, ils méconnaissent leurs droits et les structures de soins. Les démarches administratives sont complexes et les barrières de la langue ajoutent de la complexité. Enfin, certaines caisses d’assurance maladie mettent beaucoup de temps à traiter les dossiers.
MEDECINS DU MONDE va au devant de ces populations, les militants de l’association tentent de faire du lien entre les personnes et les structures de soins.


La conférence se termine sur cette conclusion mitigée entre l’optimisme et une situation alarmante.
Une multitude de dispositifs existent, se créent tous les jours pour permettre l’accès aux soins et le droit à la santé partout dans le monde. Pour autant les inégalités sont frappantes et les difficultés rencontrées par certaines personnes sont immenses.
Il est important d’alerter les politiques mais aussi la société civile, qui doit aussi s’emparer de cette question et prendre conscience des problématiques.

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