Dernière acquisition du centre de la MCM !

Publié le : , par  Stephanie LANDAIS

L’ouvrage « Bancocratie » d’Eric Toussaint

Vous ne savez pas très bien ce qu’est une agence de notation ou bien la FED et vous êtes plein d’incertitudes sur ce que fait la BCE ? « Bancocratie » est pour vous. C’est un livre documenté et pédagogique sur les banques et leur évolution, des années 70 jusqu’à la crise actuelle. Éric Toussaint, universitaire mais surtout responsable du CADTM (comité pour l’annulation de la dette du tiers monde) y a synthétisé une masse énorme d’informations.

L’introduction souligne l’imbrication inextricable entre banques, entreprises et États et montre l’impossibilité, dans la phase actuelle du capitalisme, de distinguer capital financier et capital industriel. L’ouvrage rappelle que dissimulation et fraude sont des pratiques inhérentes aux banques : maquillage de leur situation réelle en 2008 (et depuis, comme l’a montré cette année le cas de la grande banque portugaise Espirito Santo dont les pertes gigantesques ont nécessité début août 2014 un soutien de l’État dépassant 4 milliards d’euros), manipulations du Libor (un taux d’intérêt qui sert de référence à une masse énorme de crédit dans le monde), recyclage de l’argent de la drogue, encouragement et soutien à la fraude fiscale, etc. On lira notamment l’édifiante histoire de la banque HSBC et de son dirigeant : PDG, homme d’Église et ministre.

Pour mettre fin à tout cela, la socialisation du système bancaire et des assurances privées (qui passe par l’expropriation sans indemnité de leurs grands actionnaires) est à juste titre présentée comme nécessaire. Sont également développées 19 mesures concrètes et plus limitées susceptibles de permettre de réaliser un front plus large (parmi elles, un « pôle financier public »). Ce point mériterait discussion et, d’ailleurs, Éric Toussaint souligne que de telles mesures ne mettraient pas fin à l’emprise du capital privé sur les banques. On trouvera enfin dans l’ouvrage une démonstration éclairante sur la politique des institutions européennes : celle-ci n’est pas un échec, comme le soutiennent certains, mais elle répond à la logique d’un Capital assoiffé de plus-value. La question de l’Euro n’est sciemment pas traitée, de même que celle de l’articulation entre ruptures nationales et réorientation européenne, mais on ne peut qu’être d’accord avec la dernière phrase de l’ouvrage, ce qui sera décisif, c’est qu’« au travers de l’auto-activité et de l’auto-organisation les populations deviennent actrices de leur propre destin ».

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